Navétanes : Au-delà du sport, un cadre de formation

Aujourd’hui, le mouvement Navétane s’enorgueillit d’avoir contribué à la promotion du football au Sénégal. «Tous ceux qui ont fait le bonheur du football dans ce pays, ont fait leur premier pas dans le Navétane. C’est un apport important. Nous sommes une école de formation», relève le président de l’Organisme national de coordination des activités de vacances (Oncav). Aujourd’hui, soutient Amadou Kane, «il n’est plus à démontrer cette tâche de formation que l’Oncav est en train de faire».

L’Oncav, ce n’est pas seulement le football. La structure, selon son président, mène aussi une politique de création d’emplois. Elle a lancé un projet de mini-boulangeries, de fermes agricoles, de points de transfert d’argent ; même si, reconnaît Amadou Kane, beaucoup d’Associations sportives et culturelles (Asc) avaient déjà des projets qu’elles déroulaient. Aujourd’hui, l’heure est à la mise en œuvre du projet «cher au président de la République» : «Une Asc, un projet». De l’avis d’Amadou Kane, les mini-boulangeries et les fermes agricoles implantées par l’Oncav vont créer pas moins de 2.000 emplois. Cela, sans compter les points de transfert d’argent et de paiement de factures qui seront mis en place. «Nous sommes 6.000 Asc, si dans chacune on met deux points de transfert, ce seront pas moins de 25.000 emplois qui seront créés». L’Oncav, selon Amadou Kane, s’est fondé sur un vieux projet qu’il avait déjà : «Ni Barça ni barsakh, tokk tekki Sénégal».

«C’est un projet que nous voulions faire avec l’Union européenne et l’Etat du Sénégal. Nous sommes en train de transformer ce mini-projet, c’est à l’honneur du pays et nous avons saisi la balle au rebond. En 2013, le président de la République, à la sortie d’un Conseil des ministres, avait dit qu’il voulait que l’Oncav, au niveau de chaque Asc, il y ait un projet qui puisse créer des emplois. Et petit à petit, nous sommes en train de réaliser cette idée noble».

A Saint-Louis, les Asc Bokk Jom (Zone 4) et Renaissance Tassinère (Zone 13) font partie des heureux bénéficiaires. A en croire Abdoulaye Dièye, «Renaissance de Tassinère a bénéficié d’une mini-boulangerie et a commencé à produire il y a trois mois. Pour Bokk Jom, nous sommes en phase de démarrage». Le matériel de production, a dit le vice-président de l’Asc Bokk Jom, est disponible et déjà installé. Il ne reste, selon lui, qu’à démarrer dans les prochains jours. Pour l’heure, fait-il savoir, une dizaine de personnes seront recrutés : 5 boulangers, 2 gestionnaires des points de vente, 2 vendeurs et le conducteur du tricycle. A Matam, le président de l’Odcav s’est réjoui de ces projets visant à aider les jeunes des 114 Asc que compte le département et réparties en 10 zones. «L’Oncav a initié d’ambitieux projets qui contribueront à faire des Asc affiliées des vecteurs de développement. Il y a les mini-boulangeries et le projet Alal pour lequel nous sommes dans la phase de ciblage des Asc du département de Matam qui vont bénéficier de ces projets», indique Cheikh Hamidou Kane.

Au niveau du football, assure-t-il, «beaucoup de maîtres d’Eps sont devenus des entraineurs d’équipes du Navétane». Et du point de vue administratif, note-t-il, la capacité d’un administrateur d’Asc ou d’un autre démembrement de l’Oncav n’est plus à démontrer. «Désormais, le secrétaire général de l’Asc la plus reculée peut faire une correspondance, un Pv de réunion. Si vous regardez les Pv de la Commission des qualifications, des réserves et des pénalités (Cqrp) se fondant sur nos règlements, vous avez l’impression que ce sont des juristes qui les ont écrits. Le vécu quotidien qu’ils ont des Navétanes a fait qu’ils sont devenus des apprentis du droit», se réjouit-il.
Une citoyenneté au service du développement
La numérisation des licences est aussi devenue une réalité, selon Amadou Kane. «Les démissions se font par internet. Quelqu’un qui veut changer de club n’a pas besoin de se déplacer. A partir de son téléphone, le joueur pourra confectionner sa licence et l’envoyer à qui de droit. Tout le monde est d’accord que ça a été une grande révolution. Un portail a aussi été créé pour vulgariser toute information relative au Navétane», se félicite-t-il.

De même, fait remarquer Amadou Kane, l’Oncav organise depuis dix ans une «université du Navétane». L’année dernière, le thème a porté sur «Une citoyenneté active au service du développement». A en croire M. Kane, tous les actes posés entrent dans le cadre de la citoyenneté. «A Louga, lors des dernières phases nationales, nous nous sommes penchés sur le rôle de l’immigration dans l’éducation, la santé, le sport. Ce sont des actes citoyens et nous avons voulu faire un plaidoyer autour de cette question», explique-t-il.

«Dans certaines parties du pays, nos Asc organisent des cours de vacances et partout où il y a eu inondation aussi, elles sont présentes. Les actes citoyens que nous sommes en train de poser, c’est au quotidien de nos démembrements. Dans le comité de santé, les mosquées, les églises, nos Asc sont aussi présentes. Aujourd’hui, nous devons être le soubassement de tout cela, parce que nous sommes l’émanation de la population. Et l’acte citoyen, ça ne peut que servir aux populations», croit savoir Amadou Kane. Selon le patron du mouvement navétane, la vocation de l’Oncav, reconnu association d’utilité publique par le décret présidentiel N°96-6688 du 17 août 1996, n’est pas de faire des bénéfices, mais plutôt d’identifier des problèmes et de chercher les moyens pour les solutionner.

AMADOU KANE, PRÉSIDENT DE L’ONCAV : «Le Navétane se porte bien et c’est un travail de longue haleine»

Depuis un demi-siècle, le mouvement Navétane attise les convoitises et n’est pas à l’abri des crises, de guéguerres. Le président de l’Organisme national de coordination des activités de vacances (Oncav) trouve normal que chacun veuille le diriger. Cependant, Amadou Kane estime que n’importe qui ne peut assurer cette charge. Le mouvement navétane est à l’origine de la popularisation de la pratique du football au Sénégal. L’engouement est-il aujourd’hui toujours le même qu’à ses débuts ?

Il y a dix ans, le mouvement Navétane ne comptait même pas 4500 Asc. Aujourd’hui, il est passé à plus de 6000. C’est l’engouement qui a suscité cette nouvelle adhésion. Au moment où je vous parle, 200 demandes pour l’année prochaine attendent. Nous sommes reconnus d’utilité publique par l’Etat du Sénégal. Nous ne pouvons interdire à telle ou telle Asc d’être membre, mais il y a des conditions. Il faut que l’Asc soit d’abord l’émanation d’un quartier, d’un village ; après, il faut faire les démarches nécessaires à savoir la création d’une assemblée constitutive, la recherche d’un récépissé suivie d’une demande d’intégration à l’Oncav qui, une fois sollicitée, va faire une enquête. Le premier aspect à respecter, c’est d’éviter les scissions…

Si toutes les conditions sont réunies, l’Oncav reconnaît l’Asc à travers l’Orcav. Aujourd’hui, la population augmente, c’est normal que le nombre d’Asc augmente aussi. Mais, au même moment, il y en a d’autres qui fusionnent. On arrive malgré tout à gérer tout cela à travers un organigramme très clair. Ce qui est sûr, c’est que l’engouement du Navétane ne va jamais diminuer puisque partout dans le pays, il ne fait qu’augmenter.

Le Navétane est loin d’être un fleuve tranquille. Qu’est-ce qui justifie toutes ces scissions au sein du mouvement ?
Tout cela est dû à la performance du Navétane. Mais il faut que les gens comprennent que chacun ne peut pas diriger le mouvement, bien que l’Oncav soit l’association la plus démocratique de ce pays. C’est pourquoi nous avons pu résister à tout cela. Le Navétane a traversé beaucoup de tempêtes. Il y a eu l’Oncam, et aujourd’hui, c’est l’Ongam. Tout le reste, ce sont des mécontents. Ce qui est mauvais dans la vie, c’est quand l’on pense qu’on est le seul capable. On risque de ne rien avoir.

Ce n’est donc pas un claquement de doigt qui a fait que nous sommes là aujourd’hui. C’est un travail très important des Sénégalais. J’ai trouvé des acquis à mon arrivée à la tête de la structure, et j’ai apporté ma touche pour rendre le mouvement encore plus performant. C’est bien normal que chacun veuille le diriger, mais n’importe qui ne peut diriger l’Oncav. Ce n’est pas parce qu’on a été vaincu lors des renouvellements qu’on doit se permettre de créer un mouvement parallèle. Ça ne marche pas comme ça. Aujourd’hui, tout le monde reconnaît que le Navétane fonctionne très bien et c’est le fruit d’un travail de longue haleine.

D’aucuns considèrent que le Navétane est une vraie vache laitière et c’est la raison qui explique que tout le monde se bouscule pour le digérer. Est-ce le cas ?
Le Navétane est très riche, extrêmement riche. Il doit être riche parce que ça draine beaucoup de monde. Lors de la dernière édition des phases nationales, à Louga, 80 millions de FCfa ont été mobilisés. Tout cet argent a été réinjecté dans la vie quotidienne des populations. C’est comme ça que nous faisons partout. Quand Khandalou joue contre Kussum par exemple, la quote-part peut aller jusqu’à 750.000 FCfa. Mais ce n’est pas une richesse qui revient au Navétane. Lors des matchs, les recettes servent à payer le stade, la municipalité, les organisateurs, la sécurité ; le reste de l’argent, 25 %, appartient à la structure qui organise et les 75% restants sont partagés entre les Asc qui remettent cet argent dans le circuit quotidien des populations. C’est ce qui fait que nous sommes toujours là. Il n’y a rien de gênant. Ce n’est pas gênant si je survis en tant que président de l’Oncav. Ce qui serait gênant, c’est de ne pas travailler pour le Navétane et de vouloir en vivre.

Vous répétez sans cesse que le Navétane est une association d’utilité publique. Quel est son apport réel ?
Beaucoup de sportifs qui ont fait le bonheur du football dans ce pays ont fait leurs premiers pas dans le Navétane. C’est un apport important. Nous sommes une formation et ce n’est pas un hasard que la Fifa a demandé qu’on soit intégré, c’est ce qui fait que l’Oncav est aujourd’hui membre de la Fédération sénégalaise de football (Fsf), les Orcav sont membres des ligues, les Odcav membres des districts. Aujourd’hui, il n’est plus à démontrer cet aspect de formation que l’Oncav est en train de faire. Depuis dix ans, nous organisons une «université du Navétane» et tous les actes que nous posons le sont dans le cadre de la citoyenneté. Le Navétane est en train de jouer sa partition dans le développement du pays. Aujourd’hui, l’Oncav est membre de la Fédération sénégalaise de football, du Cnoss, du Cese. Tout cela, c’est grâce à notre abnégation, à la volonté des populations et au souhait du gouvernement.

L’Oncav est très décrié du dehors. Est-ce que le mouvement se porte bien ?
Aujourd’hui, je peux, sans risque de me tromper, dire que le Navétane se porte très bien. L’Oncav a fait du chemin pour en arriver là. Il est dans le cœur de tous les Sénégalais. Le Navétane est en train de jouer sa partition dans le développement du pays. Mais tout n’est pas parfait. Nous continuons d’explorer des pistes pour nous parfaire parce qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire.

 

Le Soleil

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