« Tenir sur le principe de l’intérêt national… » (Par El hadji Hamidou Kassé)

Lorsque la clameur enfle, la lucidité est requise. La clameur, en effet, relève de l’affect. L’émotion la nourrit, loin du regard froid. Il est question, d’abord, du Sénégal. Et ce pays, à l’épreuve de sa longue expérience démocratique, surplombe l’orgueil des hommes, les rancœurs et les pétitions de principe.

L’ouverture de la majorité, qui détend le climat et rafraîchit notre espace politique, doit plutôt être saluée. Salué aussi, le geste du leader de Reewmi, M. Idrissa Seck, tout comme celui du Ministre Oumar Sarr et ses amis. Vivement ce même esprit patriotique visiter l’ensemble de la classe politique et de la société civile.

Le Président Macky Sall a toujours défendu que la démocratie n’est pas réductible à la confrontation permanente entre majorités et minorités. Qu’elle doit tout aussi être conçue et pratiquée comme une quête constante de consensus autour de l’intérêt national. Ce parti pris à la fois conceptuel et stratégique s’éclaire de la longévité de Benno Bokk Yaakaar et des nombreuses concertations dans tous les secteurs depuis 2012.

Lorsque la Nation en appelle à l’intelligence de la conjoncture, les hostilités cèdent, dans la norme de l’intérêt national, à la convergence minimale. Il faut, ensemble, porter le projet qui nous renforce et accroît notre puissance d’intervention pour plier le destin à l’aune de notre ambition pour le Sénégal.

Il n’est inscrit nulle part que le seul choix qui s’impose à un pays est l’hostilité sans fin des ego, camp contre camp. Le dogme démocratique qui veut que la politique soit une arène de batailles rangées est avant tout un dogme: il relève de la croyance et non de la raison déployée des preuves de sa consistance.

Considérons ce qui, inattendu et incontrôlable, a touché le monde entier et poursuit ses ravages: le coronavirus nouveau a surpris et dévasté nos prévisions. Les puissances les plus robustes vacillent. L’économie mondiale est plongée dans le rouge inédit des périodes de désastres. Malgré nos victoires incontestables contre le virus, saluées à travers le monde, la crise est encore là, qui paralyse plusieurs pays dans un contexte de mondialisation.

De surcroît, l’Afrique de l’Ouest est de nos jours une immense poudrière. Et un simplisme politique qui repose sur l’égoïsme partisan veut nous faire croire que notre pays ne mérite pas l’union sacrée de ses enfants pour regarder fermement vers l’avenir.

La situation actuelle dans le monde nous impose la déposition des sectarismes, de l’autosuffisance et de la croyance aveugle qu’il existe le bien d’un côté et le mal d’un autre. L’idée de la nation est une traversée des différences et des divergences qui sont plutôt des moments d’une quête commune d’un bien-être partagé.

Mandela est le modèle par excellence de l’homme qui a compris que l’art politique est l’analyse concrète de chaque situation concrète, comme le dirigeant révolutionnaire russe Lénine l’avait bien proposé. Le mot d’ordre d’indépendance nationale a dressé toutes les composantes de la nation contre le dominateur.

Et toutes les émergences de ces soixante dernières années ont été possibles grâce à l’élan collectif des diverses composantes de la société. Le paradigme de l’intérêt national nous commande de pointer ensemble nos priorités, celles authentiques de notre peuple, et de construire une alliance stratégique portée de toutes nos forces, de toutes nos intelligences, de toutes nos générosités.

Certes, les compétitions sont inévitables. Mais le sens de l’intérêt national nous exige d’en situer le moment afin de mieux assumer nos responsabilités. Voilà pourquoi il faut saluer le geste de courage des forces politiques présentes dans le nouvel attelage et exhorter celles réticentes à rejoindre cette coalition de l’intérêt national.

Et, ensemble, retenir que la politique est l’intelligence des situations. Art et science à la fois. Et tenir sur le pari de relever le défi de notre Plan d’actions prioritaires ajusté et accéléré à la lumière des leçons que nous avons tirées de la crise sanitaire en cours qui, même si la tendance au dénouement dans notre pays est très bonne, persistera tant que le virus circule quelque part dans le monde.

El Hadj Hamidou KASSÉ

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